Je n'ai vraiment pas apprécié ce livre de Bernard Werber et ce pour les raisons que je vais expliquer ci-dessous.

Pourquoi ce titre ?

La première chose est que je ne comprends pas du tout le choix du titre de ce livre. La Wikipédia (qui mérite je pense plus son nom d'encyclopédie) m'informe que :

Une encyclopédie est un ouvrage dont le but est de traiter
de manière exhaustive l'ensemble du savoir humain.
Par extension, le mot désigne également un ouvrage qui
traite systématiquement d'un domaine de connaissance
en particulier (par exemple une encyclopédie médicale).

Ce livre n'est en aucun cas exhaustif (ce serait triste que le savoir relatif se résume dans 250 pages).

Je trouve que ce livre est plus un ensemble de pistes de réflexion, d'anecdotes et de faits historiques interprétés par l'auteur. Pour moi, cette subjectivité n'a pas sa place dans une encyclopédie et j'aurais plutôt appelé ce livre mon bloc notes rédigé.

Mais passons sur ce point et admettons que le titre soit très humoristique.

D'où ça sort tout ça ?

On peut lire au début du livre qu'il contient des informations que vous ne trouverez pas ailleurs. Où les a-t-il donc trouvées ?

Pourquoi ne pas rendre à César ce qui est à César ? Pourquoi ne pas citer les sources des faits (historiques, statistiques, scientifiques, ...) qu'on avance ? Quand on avance par exemple que

Napoléon annonça la retraite à Waterloo
alors que la bataille était probablement gagnée

ou encore

Pas étonnant que nombre de dirigeants et de personnes de pouvoir soient
coutumiers de ce genre de pratiques [(le masochisme)]

j'aimerais savoir d'où ça sort. Autrement c'est un peu facile d'illustrer ses réflexions avec des faits adaptés à nos besoins...

J'affirme donc je suis

Ce livre est un recueil d'affirmations qui au contraire demanderaient à mon avis des heures de réflexion. Je trouve que presque tout article pourrait se finir comme un sujet du bac avec une phrase du genre : "après une analyse attentive de cette affirmation de Bernard Werber, vous expliquerez de manière structurée en quoi vous acceptez et/ou réfutez ces propos''.

Prenons quelques exemples d'affirmations que je trouve un peu faciles :

  • Après une discussion sur l'Inde et les échecs militaires des ses assaillants
De nos jours encore, le touriste qui s'aventure ne serait-ce
qu'une journée dans ce pays éponge est saisi par les
"à quoi bon ?" et les "pour quoi faire ?", et est tenté de
renoncer à toute entreprise.

J'ai des amis qui ont été touristes en Inde sans pour autant souffrir de cet étrange symptôme.

  • Dans un article sur les stratégies de manipulation des autres
La population se divise en trois groupes. [...] L'appartenance
à un groupe se reconnaît à la façon dont un interlocuteur
bouge les yeux. Si lorsqu'on lui demande de chercher un
souvenir il commence par lever les yeux vers le haut, c'est
un visuel. S'il dirige son regard vers le côté c'est un auditif. [...]

Moi qui pensais que la direction du regard indiquait la véracité des propos... je suis confus. Que penser ? Là encore, d'ailleurs, ne comptez pas sur la moindre référence concernant ces affirmations.

  • Dans un article intitulé L'avenir est aux acteurs
L'élection de Ronald Reagan à la présidence des États-Unis
en 1980 a définitivement consacré le règne des acteurs. Inutile
d'avoir des idées ou de savoir gouverner, il suffit de s'entourer
d'une équipe de spécialiste pour rédiger ses discours et de bien
interpréter ensuite son rôle sous l'objectif des caméras.

Peut-être s'agit-il de talent d'acteur, peut-être s'agit-il d'un goût particulier des États-Unis pour les acteurs (cf. Arnold Schwarzenegger), peut-être s'agit-il d'un goût prononcé du dit pays pour les présidents pantins (cf. je vous laisse deviner), peut-être s'agit-il d'un bon président qui a quand même su trouver un moyen de redresser économiquement un pays mais sur lequel les médias on décidé de taper, ... Une conclusion me semble un peu rapide, surtout en si peu de lignes et sans sources.

  • Dans son article Lacher prise
C'est quand on ne veut plus quelque chose que cette chose peut arriver.

Allez dire ça aux chômeurs qui se cassent la tête à trouver un travail (mais si, il en existe).

  • Dans un article expliquant une technique pour trouver des idées
Commencer à s'endormir en pensant au problème que l'on veut
résoudre. Lorsque la cuillère tombe sur l'assiette et vous réveille
brutalement, le problème est résolu, l'idée est trouvée.

J'ai essayé cette méthode avec la Conjecture de Goldbach mais étonnamment la méthode n'a pas résolu le problème comme elle semblait si bien le promettre.

  • Le clou du spectacle, dans un article sur les gâteaux d'anniversaire.
Que les personnes âgées n'aient plus le souffle nécessaire à
l'extinction des bougies prouve en revanche qu'elles sont
désormais socialement exclues du monde humain actif.

J'aime beaucoup l'usage du mot prouve. Bernard Werber n'a aucun doute sur ce qu'il avance.

Des articles qui manquent de corps

Plutôt que d'avoir une telle diversité d'articles (on trouve dans le livre un article précisant les dates auxquelles ils faut planter les légumes dans son potager...) j'aurais aimé plus de détails dans certains (si ce n'est tous) les articles. Beaucoup d'articles partent en queue de poisson, ne détaillent pas les points essentiels, font des passages en force sur les points délicats du raisonnement, etc.

Prenons quelques exemples :

  • un article pas assez détaillé
Il faut douze heures pour qu'une rose exprime tous les arômes de son parfum.

Douze heures à partir de quand, à partir du moment où elle a été cueillie, à partir du moment ou elle s'ouvre pour la première fois, à partir de chaque éclosion ?

  • un article avec un passage en force
Tout est relatif. Donc même la relativité est relative. Donc il existe
quelque chose qui n'est pas relatif. Si ce quelque chose n'est pas
relatif, il est par définition absolu. Donc... il existe un absolu.

On peut m'expliquer le passage de la relativité est relative à il existe quelque chose qui n'est pas relatif ?

  • un article qui se conclut sans laisser de discussion là où elle me semble essentielle
 [...] Pour l'instant, le monde humain appartient à ceux qui se
demandent "pourquoi". Mais l'avenir appartient forcément à
ceux qui se demandent "comment".

J'aurais tendance à demander : "pourquoi ?". Je dirais même plus, on dit souvent que l'avenir appartient aux enfants, et est-ce que leur question préférée n'est justement pas pourquoi ?. Anne Roumanoff vous le dirait mieux que moi.

Des chevilles un peu trop grosses

Werber annonce que :

[...] il n'est pas dans l'absolu une seule information scientifique
certaine, que l'attitude la plus juste chez un honnête homme
consiste à accepter en tout savoir une part énorme d'inexactitude [...]

Cependant aucun (ou tout du moins peu de) propos est nuancé dans ce livre. Et pourtant : beaucoup d'articles de ce livre sont des théories, parfois contradictoires avec d'autres théories ou bien sont de très grandes simplifications de principes très complexes. En parlant du sommeil paradoxal par exemple, Werber parle de séances de 15 minutes qui reviennent toutes les heures et demie dans le sommeil. Ce n'est pas aussi simple. La révolution du sommeil de Pierre Fluchaire explique que au contraire le sommeil paradoxal ne vient que en fin de nuit et que sa fréquence est propre à chaque individu. A vouloir traiter tant de points en moins d'une page par point, on arrive forcément à ce genre d'ultra simplification qui peut avoir de graves conséquences : Werber prétend que trois heures de sommeil suffisent pour récupérer... mais je ne conseille à personne d'essayer. Ou alors lisez La révolution du sommeil avant.

J'ai aussi adoré l'introduction du Jeu de Marienbad qui propose un jeu idéal pour les attentes au restaurant

surtout si la personne qu'on a en face de soi n'a rien d'intéressant à dire.

Ce serait très amusant qu'un de ses lecteurs lui propose une partie de Marienbad en suivant ses conseils.

Dans ce livre, je trouve que Bernard Werber se présente un peu comme la représentation même du savoir absolu et relatif, non seulement par toutes ses affirmations, mais aussi par ses quelques phrases du genre

Je ne suis pas mécontent d'ouvrir ici un nouvel horizon à 
l'intention de tout le monde informatique.

Je ne suis pas certain que des ordinateurs insouciants, maladroits ou commettant des bêtises soient si intéressants que ça pour le monde informatique. Je ne dis pas que son idée n'est pas intéressante, mais il ne faut pas pousser... De plus, l'idée est elle de lui ou bien l'a t'il récupérée dans un autre livre sans le mentionner, ou bien encore lors d'une discussion de philosophie de comptoir ?

La philosophie de comptoir

Werber parle d'univers temporel en forme de lasagne. Il justifie le fait que les dauphins soient retournés dans l'océan après leur court séjour sur la terre car

Dans l'eau il n'y a pas besoin de vêtements, de maison ou de chauffage.

Sur terre, à part l'homme, quel animal utilise vêtement et chauffage ? L'argumentation de Werber me semble un peu chaotique.

Au moins un article inadmissible

Je parle ici de l'article 1+1=3. Je trouve cet article honteux et il résume tout à fait mon avis sur le reste du livre.

Bernard Werber après avoir affirmé que

1+1=3 peut gêner beaucoup de gens qui diront que ce
principe philosophique est nul car mathématiquement faux

se lance dans une démonstration qui ferait pitié à tout élève qui se souvient de la première règle de la division : on ne divise pas par zéro !!!. Donc si on divise par (a-b) il faut préciser que a est différent de b... sinon on obtient des âneries telles que cet article. J'espère que Bernard Werber a écrit sa démonstration en étant parfaitement conscient de sa faute, sinon c'est triste, et je trouve grave de ne pas préciser que la démonstration est fausse. D'autant plus que à l'arrière de mon édition on peut lire

Bernard Werber nous livre ici un cocktail détonnant
où chaque information est étonnante mais vraie.

Il est mathématiquement possible d'avoir 1+1=0, sans démonstration foireuse, mais en n'utilisant des ensembles particuliers (Anneau Z/2Z par exemple, cf. les anneaux Z/nZ sur la Wikipédia). Il est aussi possible d'avoir 1+1=1 en utilisant la représentation arithmétique des booléens. Alors pourquoi ne pas présenter ces principes mathématiques de manière simplifiée plutôt que de faire une démonstration aussi foireuse. Denis Guedj a réussi à relever ce défi dans un son excellent roman, le Théorème du Perroquet, accessible à tous dès le lycée (voire avant pour les passionnés de maths).

Conclusion

Voilà je vais m'arrêter là car j'en ai déjà écrit beaucoup trop long... et que ma prose n'est sûrement pas aussi intéressante que celle d'un auteur si réputé que Werber.

Je finirai donc en disant que certes j'ai appris quelques anecdotes intéressantes dans ce livre - encore que, pour les raisons ci-dessus, j'ai très peur de la véracité de ces anecdotes - mais je n'ai vraiment pas apprécié ce livre... Je suis peut-être le seul à penser ça et si vous n'êtes pas d'accord avec moi, je vous prie de vous manifester, ce serait très rassurant pour moi. En effet, j'ai lu dans le livre de Werber que

Quand un génie véritable apparaît en ce bas monde, on peut le 
reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui.